Enjeux

A travers plusieurs recherches et entretiens, l’Observatoire des Innovations Alimentaires a établi une liste des enjeux et problématiques, autant économiques, scientifiques que culturelles, qui entourent l’apparition des substituts à la viande :

  • Appellation « viande »

L’Appellation « viande » n’est pas compatible avec les « innovations » voulant la substituer. Les appellations « meat intro-vitro », « cellular meat », « clean meat » et autres sont trompeuses. En effet les viandes cellulaires ne répondent pas aux caractéristiques répondant à l’appellation « viande » : fibres, vaisseaux sanguins, gras etc. Il faudrait que cette question soit clarifiée, qu’une charte éthique soit introduite et que de nouveaux labels soient créés (ex : in-vitro).

  • Industriel vs. Naturel

Il est indispensable de séparer « Industriel » et « Naturel ». Il s’agit de reconnaitre qu’il existe une filière industrielle (développement de cellules souches en laboratoire, élevage intensif), et une filière naturelle (élevage traditionnelle, qualitative, locale et respectueuse).

  • Patrimoine génétique

La directive européenne liée à la zootechnique (entrée en vigueur en novembre 2018), autorise l’acquisition de données génétiques et présente le risque de rationaliser les espèces. Cet accès pénalise les éleveurs français naturels et traditionnels et ouvre à la concurrence le clonage d’espèces françaises à l’étranger. Cela a un impact non négligeable sur les exportations françaises.

Brochure de présentation de la directive disponible en suivant : https://agriculture.gouv.fr/le-reglement-zootechnique-europeen-un-nouveau-cadre-reglementaire-europeen-pour-la-genetique-animale

  • Puissances financières

De gigantesques investissements sont faits dans la viande cellulaire. Ces investissements cherchent à enrichir les investisseurs en multipliant l’offre, réduire les coûts et augmenter les marges. Aux dépens de qui, de quoi ?

  • Art de vivre à la française

L’Art de vivre à la française suppose de perpétuer la transmission d’un patrimoine et d’une richesse culinaire française. Globalement il s’agit de préserver une identité (bons produits locaux, pratique sociale du repas et de la gastronomie, productions naturelles) et de protéger l’art de vivre à la française.

  • Bien-être animal

Il existe beaucoup de contradictions dans la promotion de la viande cellulaire. Le bien-être animal en est une. En effet, les procédés de création de la viande cellulaire nécessitent d’effectuer, sur des vaches en gestations, des prélèvements de sérum directement sur les fœtus de veau.

  • Santé

Défendre le principe de précaution. Il n’existe pas d’études et preuves qui mettent en avant les bénéfices de la viande cellulaire. D’autres alternatives à cette industrie sont disponibles et ont prouvé leurs apports nutritionnels. 

Il est nécessaire de pointer certains arguments et d’en déconstruire d’autres nuisibles au débat :

  • Environnementaux

En comparant les émissions de CO2 ayant trait au processus de confection des substituts à la viande et les rejets de méthane provenant des élevages, on ne peut affirmer que les élevages s’avèrent plus polluants. De plus, en supposant un développement industriel des substituts à la viande et la disparition des élevages qui en découleraient, le taux de CO2 deviendrait exponentiel dû à ces substituts à la viande.

D’autre part, la demande croissante du soja pousse petit à petit les pays producteurs, notamment le Brésil et l’Argentine, à développer leurs surfaces de production, souvent au détriment des espaces naturels dont l’Amazonie.

  • Economiques

La recherche de rendements via des productions intensives et donc l’obtention d’une marge aura pour conséquences de transformer le métier d’éleveur traditionnel ou de le détruire. Les difficultés financières provoquées par la concurrence de ces « substituts à la viandes » réduiront le nombre des petites exploitations traditionnelles.

  • Démographiques

La croissance de la population mondiale excèderait les capacités de production pour répondre aux futurs besoins nutritionnels : il faut veiller à ne pas s’enfermer dans une vision malthusienne des enjeux, et à prendre pour « argent comptant » chaque solution séduisante qui est proposée. Les solutions à élaborer ne sont pas univoques, elles sont probablement multiples. Les données dont nous disposons ne nous invitent pas à cloisonner notre réflexion. Il en va de même pour le phénomène de concentration urbaine : elle n’implique pas en soi de privilégier la viande cellulaire sur la viande naturelle.

  • Sociétaux

Concernant le Bien-être animal : au regard du procédé d’extraction de sérum fœtal bovin, qui doit se faire sur un fœtus d’au moins trois mois ou plus, il est probable qu’il provoque de l’inconfort pouvant aller jusqu’à la souffrance.

Etude scientifique réalisée par Altex « Alternatives to animal experimentation » :  http://www.altex.ch/resources/vanderValk_of_170510_v2.pdf

Quant à l’accès à une alimentation de qualité à des prix raisonnables : l’enjeu ne réside pas dans l’opposition factice entre souffrance animale d’un côté, et bienêtre animal de l’autre. Il n’y a pas de solution miracle à l’heure actuelle mais des procédés de bon sens sont envisageables : l’élevage ne se résume pas aux fermes des mille vaches. L’élevage extensif en pâturage est un compromis crédible, respectueux de l’animal et conforme à l’écosystème de la planète tel qu’il s’est élaboré depuis le néolithique.

  • Sanitaires

Concernant la surconsommation de viande, les études épidémiologiques sur le sujet ne suffisent pas à affirmer qu’il faille totalement cesser cette dernière. Les carences alimentaires observées sur certains consommateurs végétaliens/vegans semblent, au contraire, démontrer l’inverse. D’après l’étude The failure to measure dietary intake engendered a fictional discourse on diet disease relations, il est faux de dire, en l’état actuel de la recherche scientifique, qu’il existe des certitudes absolues sur les bienfaits de tel ou tel régime alimentaire sur la santé.De facto, le principe de précaution sur la viande cellulaire amène à reconsidérer à la hause les risques systémiques qu’implique un changement drastique de nos modes de productions traditionnels. Ainsi, les risques sanitaires liés aux technologies de fabrication de viande cellulaire ne font l’objet, à ce jour, d’aucune évaluation.